Entretien avec Carole Misset Posterer, Group Strategy and M&A Manager, Pernod Ricard

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Pourriez-vous décrire votre parcours professionnel et ce que vous a apporté le Master 221 dans ce cadre-là ?

J’ai été diplômée du Master 221 en 2000, après avoir effectué une maitrise de finance d’entreprise à Dauphine. A l’époque nous étions 50% de Dauphinois et 50% d’étudiants issus d’autres facultés de droit. Ce mélange a été un élément clé dans les échanges au sein du Master et dans la formation.

Dans le cadre du Master 221, j’ai pu effectuer mon stage obligatoire chez PSA. Une fois mon master terminé,  j’ai été embauchée par Arthur Andersen sous la condition suspensive de devenir avocate dans un délai de 3 ans, un pari que j’ai réussi. Je suis restée dans cette structure pendant 6 ans et me suis spécialisée en transactions M & A. Le groupe Pernod Ricard était un de mes clients et j’ai eu, par ce biais-là, l’opportunité d’intégrer en 2006 l’équipe fiscale du siège Après avoir offert mes conseils en tant qu’avocate, j’ai contribué à la mise en œuvre de la gestion fiscale post-acquisition d’Allied Domecq. Je me suis  occupée pendant 3 ans du suivi des aspects fiscaux des opérations M&A menées par Pernod Ricard ainsi que du suivi  fiscal des filiales européennes et sud-américaines. Puis j’ai eu l’opportunité de passer dans le département en charge de la stratégie et du M&A : j’ai depuis réalisé plus de 9 cessions et 3 acquisitions dans le cadre desquelles je me suis occupée de l’ensemble des processus, des valorisations, des négociations tout en veillant particulièrement aux aspects fiscaux !

Même si, au quotidien, la fiscalité n’est plus au premier plan dans mon poste actuel, les connaissances en fiscalité du Master 221 jouent encore régulièrement lors de la  rédaction et négociation des contrats d’acquisition ou de cession. Par ailleurs, j’ai eu l’opportunité  de mener d’autres projets stratégiques transversaux qui n’ont rien à voir ni avec la fiscalité, ni avec la finance. J’ai par exemple pu mettre en place le réseau social du groupe Pernod Ricard (sorte de Facebook interne) pour favoriser les échanges et le partage de bonnes pratiques au sein du groupe Pernod Ricard qui reste attaché à son principe fondamental de décentralisation . En effet, être fiscaliste c’est aussi avoir de la rigueur intellectuelle, organisationnelle et de la force de conviction… qualités utiles dans tous les domaines de la vie professionnelle.

Venant d’une formation plutôt financière, le Master 221 m’a permis de développer une approche juridique de la fiscalité. J’ai pu partager mes connaissances en gestion avec les autres étudiants dans les très fréquents travaux d’équipe. L’opportunité de pouvoir  travailler en duo est une qualité d’autant plus grande du Master 221 qu’elle m’a aidée à acquérir les notions juridiques nécessaires afin de passer le CRFPA/CAPA. Par ailleurs, grâce à la sensibilité juridique que j’ai pu développer ainsi, aujourd’hui encore je revois dans toutes les opérations M & A les contrats sous un angle juridique, fiscal et travaille en étroite collaboration avec le département juridique pour m’assurer que la rédaction des contrats de M&A, ou autres, soit en phase avec nos besoins opérationnels et protège aux mieux nos intérêts. Cette appétence pour le droit m’est venue de cette année passée avec des personnes venant d’horizons différents – c’est le partage de leur savoir par des étudiants financiers et des étudiants juristes qui fait une des grandes forces du Master 221.

Êtes-vous épanouie dans votre situation professionnelle actuelle ? Quels sont, pour vous, les facteurs clés de l’épanouissement professionnel ?

Oui, je suis très épanouie chez Pernod Ricard qui est réellement un groupe « Créateur de Convivialité » et qui m’a permis d’évoluer avec succès de la fiscalité à la stratégie et au M&A, ce qui est un pari que tous les groupes ne sont pas encore prêts à prendre ! Toutefois j’arrive naturellement à un bout de cycle : j’ai appris énormément dans mon poste actuel et serai ravie de pouvoir affronter de nouveaux défis au sein de cette entreprise! En revanche, je ne suis pas certaine de vouloir refaire pendant 100 % de mon temps de la fiscalité à l’heure actuelle. Quand j’étais en cabinet, je conseillais les clients, faisais des recommandations mais je n’étais pas dans l’opérationnel, je ne mettais pas en œuvre mes analyses et conseils. J’ai commencé à travailler chez Pernod Ricard car j’avais envie de mettre en œuvre mes propres recommandations afin de voir sous un angle beaucoup plus concret et opérationnel les problématiques fiscales qui peuvent parfois sembler abstraites.

Qu’est-ce qui vous intéresse dans les M & A au quotidien ? Comment cet intérêt a-t-il évolué au fil des années ?

J’apprécie la mise en œuvre ainsi que la maitrise des processus complets de M&A qui couvrent notamment les aspects financiers, opérationnels, juridiques, fiscaux et humains. J’avoue apprécier particulièrement les négociations. Mon appétence pour les négociations a d’ailleurs débuté avec ma première activité professionnelle de fiscaliste en cabinet puis en entreprise lors des différents divers contacts avec les différentes administrations fiscales. Je suis persuadée que tout bon fiscaliste, doit également être un bon négociateur.

La vie d’une Manager M&A en quelques mots ?

C’est une vie très active avec une charge de travail qui n’est pas linéaire. Quand une opération est en cours, la vie devient naturellement plus occupée…mais de ce fait on ne s’ennuie jamais ! Chaque dossier étant de surcroît très différent, il n’y a pas de monotonie ou de routine même après quelques années.

Quelle valeur ajoutée caractérise le Master 221 que n’ont pas d’autres Master 2 en fiscalité ? Pourquoi l’aviez-vous choisi ?

Je l’avais choisi pour la possibilité qu’il offrait aux non-juristes d’intégrer un Master en fiscalité. Le Master 221 est plus axé sur les aspects financiers et comptables de la fiscalité qui permettent de comprendre les implications opérationnelle et faire son travail de la meilleure façon. Il est probablement moins « juridique et textuel » que d’autres Master 2, sans sous-estimer l’importance de comprendre la jurisprudence afin de prendre des positions raisonnables. Par ailleurs, les enseignants  étaient de grande qualité, inspirants et avaient pour la plupart une activité principale de fiscaliste soit en cabinet soit en entreprise, ce qui rendait leurs enseignements moins théoriques.

Quels souvenirs marquants gardez-vous du Master ?

Ma carrière a pu débuter grâce au Master 221 ! J’ai en effet effectué mon premier stage en fiscalité chez PSA car l’un de nos professeurs était directeur fiscal chez PSA… Ce Master réserve de grandes opportunités à ses étudiants. Mais d’un point de vue personnel également, le Master 221 a été très enrichissant : j’ai  pu tisser et conserver de belles relations amicales dans les salles de cours du 221 !

Si vous deviez résumer le Master 221 en 3 points ?

Compétence juridique et financière, rigueur et organisation.

Un/des conseil/s aux étudiants ?

Je pense qu’il est important, quand on vient d’être diplômé du Master 221, d’apprendre plein de choses les premières années de sa vie active – plus on apprend au début, plus on sera confortable après. Ainsi, passer du temps dans un cabinet en début de carrière permet de travailler sur des dossiers avec des problématiques fiscales très différentes et par conséquent  d’élargir son champ de connaissances. Ensuite on peut choisir de continuer à exercer en cabinet ou de rentrer en entreprise pour acquérir une vision plus opérationnelle de la fiscalité.

Pour être fiscaliste, il est important selon moi d’être courageux et de passer le CRFPA/CAPA. Cela apporte le choix de faire ce que vous aurez envie de faire tout au long de votre carrière professionnelle. A mon sens, le parcours idéal du fiscaliste est d’exercer pendant quelques années en cabinet afin d’acquérir une rigueur, des connaissances et une organisation nécessaires en vue d’entrer en entreprise et de prodiguer et mettre en œuvre ses conseils en interne.

Pour des générations comme les vôtres, je serais très surprise que vous fassiez toute votre vie le même métier. Cela évolue par phases. Pour ma part, j’ai été fiscaliste pendant 10 ans, je fais de la stratégie et du M&A depuis maintenant près de 7 ans et suis certaine que j’aurai d’autres beaux défis bien différents à relever à l’avenir !

Pour conclure, le Master 221 apporte une vision ainsi que des connaissances plus larges que la seule fiscalité. La vie est faite d’opportunités – il faut juste savoir les saisir et un diplôme comme celui du Master 221 permet de le faire.

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